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Devenir Assomptionniste

Augustins
de l'Assomption




« Avance sur ta route, car elle n

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" Avance sur ta route, car elle n'existe que par ta marche " 

(Citation tirée d’un poème d’Antonio Machado, « Caminante no hay camino”)


Chers Frères, chers amis de l’Assomption,

Le 33ème  chapitre général s’éloigne  progressivement puisque nous l’avons célébré  il y a 7 mois. J’écris cette lettre pour nous permettre de relancer notre marche. Nous sommes au commencement de la route et six années sont devant nous pour réaliser nos objectifs.

Les Actes du chapitre général sont un viatique, c’est-à-dire une nourriture pour le chemin. Ils doivent nous nourrir substantiellement pour que nous avancions d’un pas ferme et résolu. « À vin nouveau, outres  neuves.  Pour  que  le  Christ   parle  aux  hommes et aux  femmes d’aujourd’hui. » Je voudrais développer avec vous deux attitudes qui me semblent nécessaires à promouvoir pour que notre avancée soit marquée par la joie de l’évangile et pour conforter notre dynamisme missionnaire.


Un peuple en sortie

En premier  lieu, il ne me semble utile de développer une spiritualité de l’Exode. L’Exode est une sortie, c’est-à-dire un déplacement de la maison de servitude vers la terre promise. Nous sommes un peuple en marche, un peuple qui avance vers sa libération et qui cherche la Patrie : le Royaume de Dieu. Sortir, comme le demande le pape François,  c’est aller à la rencontre de l’autre, c’est aller vers les périphéries de la vie. Pour cela, il faut accepter de quitter ses certitudes et sa tranquillité pour se confronter à la nouveauté de l’Esprit. Dieu ne cesse pas de parler au monde d’aujourd’hui. Nous avons be- soin d’être à son écoute.

La première sortie que nous ayons à réaliser, c’est la sortie de nous-mêmes. Jésus nous a montré par son incarnation que Dieu était lui-même en sortie. « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde » (Jean  16,28).  Dieu est venu à la rencontre de notre humanité et la fête de Noël nous le rappelle. C’est le même mouvement qui nous détermine aujourd’hui à sortir de nous-mêmes. Aller à la rencontre de l’autre passe par un réel effort d’ouverture à l’inattendu. Nous devons accepter cette démarche pour être configurés au Christ. Trop souvent les croyants restent confortablement installés dans leurs certitudes. Nous avons du mal à envisager des déplacements, des remises en cause, des changements. Or, sans cela la vie n’est pas possible. Sortir de soi, c’est accepter de se laisser transformer par la rencontre des autres. Il est urgent de mettre en œuvre ce mouvement pour vivifier notre foi. L’Assomption doit s’engager dans le dialogue. Nous avons dit que nous voulions travailler à l’unité dans un monde divisé, cela passe par l’ouverture à tous. L’apprentissage du dialogue en communauté, en province, en Église est une nécessité vitale.

La sortie est aussi éminemment liée à notre dynamisme missionnaire. Sortir de soi, c’est devenir apôtre, envoyé de la Bonne Nouvelle du salut. Nous aurons au cours des prochaines années à retrouver la flamme apostolique développée par Emmanuel d’Alzon en son temps.

La seconde sortie concerne l’Église dans son ensemble. Nous ne pouvons pas rester dans la chaude tranquillité de nos institutions aussi vénérables soient-elles. Comme le dit le Pape François l’Église est en sortie dans le monde. Elle est envoyée en mission pour l’annonce de la Bonne nouvelle. Quand le pape dit que « le temps est supérieur à l’espace  » (Evangelii gaudium, n° 222-225) il nous rappelle que nous avons à travailler dans la durée sans être « obsédés par les résultats immédiats ».  Pour être fidèles à cet appel, il nous est demandé d’avancer avec des options claires et de la ténacité. Sortir des chemins battus pour explorer de nouveaux territoires, c’est être là encore missionnaire.

Le chemin que nous empruntons est non tracé car c’est dans la foi que nous avançons, pas à pas. Il est souvent parsemé d’embûches et d’obstacles, mais nous ne désespérons pas. Nous ne sommes pas seuls sur la route. Il y a des éclaireurs, des frères qui avancent plus vite que d’autres, mais ils sont là pour nous guider et nous orienter. Je souhaite que nous soyons à l’écoute des prophètes que Dieu nous envoie encore aujourd’hui pour nous stimuler et nous inciter à marcher d’un bon pas. Regardons bien au sein de nos communautés pour y repérer ces prophètes— les éveilleurs— ceux qui nous appellent à ne pas baisser les bras et à poursuivre nos efforts.

L’Église catholique vit aujourd’hui, comme cela a été le cas souvent dans sa longue histoire, un temps de bouleversements fonda- mentaux. Les remises en cause sont profondes et la distance avec nos contemporains semble grandir de jour en jour. Devant cette « dérive des continents » — le continent de la foi face à celui de l’ignorance, de l’indifférence et de l’incroyance — nous devons nous mobiliser. Mais nous ne pouvons pas nous contenter de reproduire les réponses du passé pour relever les nouveaux défis. C’est dans la recherche de propositions  inédites éclairées par l’Esprit dans le discernement  communautaire que nous pourrons garder la pertinence évangélique. Le chapitre nous a demandé de chercher de nouvelles outres pour apporter le vin du Royaume. Il est urgent que nous nous engagions dans la recherche de ces nouvelles outres pour étancher la soif de nos contemporains.

La spiritualité de l’Exode est ouverture à la nouveauté et à l’étonnement.  Si Dieu fait toutes choses nouvelles, nous sommes appelés à découvrir cette nouveauté dans le quotidien de nos existences. Le chapitre a donné des orientations importantes pour que nos apostolats travaillent à l’unité. Il nous a été demandé de nous investir dans le domaine de l’éducation. J’invite chaque province à chercher com- ment traduire concrètement l’intuition du Père Emmanuel d’Alzon dans les pays où nous sommes présents. Très engagée dans les paroisses, l’Assomption doit avoir une ambition forte pour la promotion d’une éducation intégrale. Être en Exode, c’est explorer des voies nouvelles pour favoriser cette ambition éducative. Comment rejoindre les plus pauvres, les exclus de la mondialisation, les petits de nos sociétés  ? Nous ne pouvons pas nous contenter de ce qui existe. Le réseau des écoles de brousse de Tuléar est à ce titre un bel exemple de sollicitude évangélique pour l’éducation à Madagascar. Les reli- gieux à l’origine de cette initiative ont vu la misère des populations et ont cherché comment les aider à en sortir. L’idée de fonder des « écoles sous l’arbre  » a permis de scolariser des milliers d’enfants.

L’œuvre continue aujourd’hui et se développe. L’ISEAB au Congo a été aussi une réalisation nouvelle pour permettre aux jeunes du Nord- Kivu d’avoir une formation supérieure de qualité. Nos frères du Congo ont tenu bon malgré les nombreux obstacles rencontrés pour réaliser leur projet. De telles initiatives sont à encourager. Comme Dieu lui-même  l’a fait, nous devons apprendre à « voir la misère  » du peuple pour contribuer à le soutenir pour une plus grande dignité et un plus grand bonheur.

Nous avons aussi  à être présents sur le « continent numérique  ». Les nouveaux moyens de communication sociale sont des lieux, tel l’agora d’Athènes au temps de saint Paul, aptes à recevoir la Bonne nouvelle. Nous devons faire preuve d’inventivité et d’initiatives. L’Assomption a su au 19ème siècle investir le champ de la presse et de l’édition. Serons-nous capables aujourd’hui d’inventer de nouveaux chemins pour rejoindre nos contemporains  ? La presse, notamment avec Bayard, reste une priorité de toute la congrégation.  Les jeunes religieux doivent se préparer aux métiers de la communication et au journalisme. Il est urgent d’implanter solidement notre œuvre de communication en Afrique, en Asie, partout où cela est possible.

La spiritualité de l’Exode, c’est aussi développer une espérance inébranlable. Nous avançons en nous remettant totalement dans les mains de Dieu qui veille sur nous et nous conduit par son Esprit.

En définitive,  s’il fallait encore conforter cette spiritualité de l’Exode dans nos vies assomptionnistes, je dirais qu’il s’agit d’une «sortie missionnaire» comme le précise Evangelii gaudium (E.G n°111)

« L’évangélisation est la tâche de l’Église. Mais ce sujet  de l’évangélisation est bien plus qu’une institution organique et hiérarchique,  car avant tout c’est un peuple qui  est en marche vers Dieu. Il s’agit certainement d’un mystère qui  plonge ses racines dans  la Trinité, mais qui a son caractère  concret historique dans un peuple  pèlerin  et évangélisateur,  qui transcende toujours toute expression institutionnelle même  nécessaire ».

Notre patrimoine assomptionniste nous offre une richesse avec la vie communautaire. Il est urgent de replacer la communauté au cœur de notre démarche évangélisatrice. C’est elle qui est le véritable sujet missionnaire. « La communauté apostolique »  comme nous l’appelons est bien plus que la somme des engagements portés par les individus, aussi généreux soient-ils.


Vivre l’esprit pleinement catholique

La deuxième attitude qu’il me semble important d’encourager et de renouveler est notre appartenance à l’esprit catholique, cet es- prit qui animait viscéralement notre fondateur.  Il s’agit d’être capable
de penser, de discerner, d’agir « selon  le tout », kat’holon, comme le dit le grec. Les chrétiens croient que l’événement qui a eu lieu en Jésus- Christ concerne tout le réel, tous les humains et tout l’humain. L’esprit catholique nous apprend à voir grand et large et à nous comporter comme des membres d’un Corps. Ce Corps est plus grand que la somme des parties qui le composent. Le texte qui peut nous éclairer et nous guider pour comprendre ce que je préconise est la constitution dogmatique sur l’Église du concile Vatican II, Lumen gentium :

« En vertu de cette catholicité, chacune des parties apporte aux autres et à toute l’Église le bénéfice de ses propres  dons,  en sorte que le tout  et chacune des parties s’accroissent par un  échange mutuel universel et par un effort commun vers  une plénitude dans l’unité » (Lumen gentium,13)

Depuis plusieurs années, notre congrégation travaille sur ce thème. Le chapitre général de 2005 avait choisi le thème « Plusieurs dons en un seul corps…pour que le monde croie ». Il s’agissait déjà d’avancer sur cette problématique de l’unité et de la diversité. L’Alliance laïcs-religieux a favorisé des avancées dans le domaine de la catholicité. En associant les laïcs de l’Assomption dans nos diverses activités et instances de réflexion, nous avons gagné en esprit catholique. Par ailleurs, les diverses collaborations entre provinces se sont considérablement renforcées. Enfin la mise en place du Conseil gé- néral plénier de la congrégation a permis de conforter un esprit de plus en plus marqué par la coresponsabilité et la solidarité.

L’Assomption est un corps international et multiculturel. Le respect de la diversité et la résistance à l’homogénéisation des cultures sont plus que jamais nécessaires. Commençons à vivre cet esprit catholique en communauté. Je pense en tout premier lieux à nos communautés internationale de formation. Nous avons eu la joie de constituer officiellement de telles communautés à Kinshasa, Nairobi, Ouagadougou et Buenos-Aires. D’autres créations sont en cours de réflexion, mais il est primordial d’œuvrer à instiller l’esprit catholique dans la formation des jeunes religieux. Cet esprit qui permet l’accueil de l’autre et contribue à la recherche du bien commun pour l’annonce de l’Évangile. Les points de vue opposés sont féconds et créatifs quand ils ne s’éloignent pas de l’unité du tout. Apprenons tous à vivre cette « unidiversité » si chère à saint François de Sales.

L’esprit catholique contribue à forger le sensus fidelium, qui n’est pas le fruit d’un processus démocratique mais la conséquence d’une écoute conséquente de l’Esprit saint dans la fidélité à la Tradition.

L’Assomption a un héritage précieux qui nous vient de notre Bien aimé fondateur, le Père Emmanuel d’Alzon. Le sens catholique était inné chez lui, même s’il avait une dimension plus confessionnelle à son époque que pour nous aujourd’hui. Retrouvons le zèle de notre fondateur pour vivre aujourd’hui passionnément la catholicité.

Penser « selon le tout » c’est  ne pas limiter son regard à son espace de vie habituel. C’est ouvrir les yeux grands pour aller toujours plus loin que nos habitudes de vie et de pensée. C’est être ainsi fidèles à l’avenir, c’est-à-dire être disponibles pour répondre généreusement aux appels du temps afin que «Jésus  Christ soit connu et aimé».

La croissance de l’esprit  catholique à l’Assomption  passera aussi par le renouveau des études théologiques. Il me semble urgent de revivifier l’investissement en patristique, en spiritualité, en histoire, en exégèse, en dogmatique, en liturgie, etc. Je porte le souci tout particulier des études spécialisées avec notamment l’investissement dans l’œcuménisme, les  études orientales, l’islamologie,  etc. Déjà des jeunes religieux ont mis le « pied à l’étrier  » et nous pouvons espérer que d’autres les suivront.

L’esprit catholique nous porte vers les petits. Nous avons un sens social qui nous rend solidaires de tous ceux qui sont marqués par la dureté des temps. Le vrai catholique s’engage pour un monde plus juste et plus fraternel. Le souci de la planète Terre devient une urgence  : nous ne pouvons pas ignorer cela.

Conclusion : marcher avec Dieu !

Enfin pour conclure cette lettre que j’ai voulu brève pour ne pas encombrer la réflexion qui doit se consacrer en priorité autour des Actes du chapitre général, je voudrais rappeler  l’essentiel pour nous guider  : la Parole de Dieu. Grandir dans une spiritualité de l’Exode et vivre résolument l’esprit catholique nous demande de fréquenter quotidiennement la Parole de Dieu. Cela passe par la lectio divina personnelle mais aussi par le partage fraternel.

Pourquoi ne pas méditer sur ce passage du prophète Michée  ?

« Homme,  répond le prophète, on t’a fait connaître ce qui  est bien,  ce que le Seigneur  réclame  de toi : rien  d’autre  que  respecter le droit, aimer la fidélité,  et t’appliquer  à marcher  avec ton Dieu » (Michée 6,8)

Puissions-nous prendre la route qui s’ouvre devant nous et marcher avec notre Dieu !

P. Benoît GRIÈRE a.a
Supérieur général


Rome, le 18 décembre 2017